Pommes de terre et saucisse de Morteau à ma façon

pommes de terre et saucisse de morteau a ma facon

Une saucisse fumée dans de l’eau froide avec des pommes de terre – rien de spectaculaire sur le papier. Et pourtant, ce plat simple de la cuisine comtoise produit quelque chose que beaucoup de préparations bien plus complexes n’atteignent pas : une profondeur aromatique qui s’installe dans chaque bouchée. Le fumé de la Morteau migre lentement dans les pommes de terre, et c’est cette alchimie-là qui mérite qu’on s’y attarde.

Origine et caractère de la saucisse de Morteau

La saucisse de Morteau vient du Haut-Doubs, dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Elle bénéficie d’une Indication Géographique Protégée (IGP) depuis 2010, ce qui encadre strictement sa fabrication : viande de porc entièrement française, embossage dans un boyau naturel de porc, et surtout, fumage obligatoire au bois de résineux – épicéa, sapin et pin essentiellement – dans un tuyé, cette grande cheminée paysanne traditionnelle du Haut-Doubs.

Ce fumage au bois résineux est ce qui la distingue radicalement des autres saucisses fumées françaises. Il lui confère une couleur brun-orangé marquée et des arômes puissants, légèrement résineux, qui résistent à la cuisson. La saucisse est reconnaissable à sa forme cylindrique régulière et à la cheville en bois fixée à l’une de ses extrémités.

Son taux de matières grasses oscille entre 25 et 35 % selon les fabricants, ce qui lui donne une texture fondante après cuisson. Le poids d’une pièce entière tourne autour de 300 à 400 grammes – de quoi servir deux personnes correctement.

Quelle pomme de terre choisir pour ce plat?

Toutes les pommes de terre ne réagissent pas de la même façon à un mijotage prolongé dans un bouillon chargé. Le critère déterminant ici, c’est la tenue à la cuisson – et pour cela, les variétés à chair ferme s’imposent clairement.

  • Charlotte : chair ferme, légèrement beurrée, elle absorbe bien le bouillon sans se défaire. Idéale pour ce plat.
  • Amandine : même profil que la Charlotte, texture un peu plus fine. Excellente tenue même après 30 minutes de cuisson.
  • Belle de Fontenay : chair ferme et légèrement sucrée, elle capte bien le fumé et apporte une note aromatique propre.
  • Bintje : à éviter ici – trop farineuse, elle se désagrège en cours de cuisson et transforme le bouillon en purée.

Les variétés farineuses comme la Bintje ou la Marabel conviennent mieux aux gratins ou aux purées, où leur texture pulvérulente est un atout. Pour un mijotage en bouillon avec une Morteau, misez sur la fermeté. La France a récolté 7,6 millions de tonnes de pommes de terre de consommation en 2024 selon Agreste, avec une offre variétale très large en grande surface – Charlotte et Amandine se trouvent facilement toute l’année.

La cuisson à ma façon révèle toute la puissance du fumé

Le principe central de ma méthode : départ à l’eau froide, sans piquer la saucisse. Piquer la peau, c’est laisser s’échapper les jus et le gras dans l’eau plutôt que de les garder dans la chair. La saucisse doit rester entière.

Voici le déroulement pour 2 personnes :

  • Placer la saucisse de Morteau dans une grande casserole, couvrir d’eau froide à hauteur.
  • Porter à frémissement doux (jamais à ébullition vive), environ 10 minutes.
  • Ajouter les pommes de terre épluchées et coupées en deux si elles sont grosses – pas en petits cubes, pour éviter qu’elles se défassent.
  • Maintenir le frémissement 25 à 30 minutes supplémentaires.
  • Ne jamais saler le bouillon avant la fin – la saucisse cède déjà du sel et des graisses dans l’eau.

Le bouillon de cuisson n’est pas un déchet : c’est lui qui contient les arômes fumés. Les pommes de terre baignent dedans pendant toute la cuisson et s’en imprègnent progressivement. Laisser reposer 5 minutes hors du feu avant de servir permet aux pommes de terre d’absorber encore davantage de ces arômes.

Un dernier geste : trancher la saucisse en rondelles épaisses (1,5 à 2 cm) seulement au moment de servir. Cela préserve le jus intérieur et évite que la tranche ne sèche dans l’assiette.

Quelles variantes peut-on apporter à la recette classique?

Le plat de base se prête à beaucoup d’interprétations sans perdre son identité. Quelques pistes concrètes :

  • Version cocotte avec légumes : ajouter un poireau émincé, deux carottes en rondelles et un oignon piqué de clous de girofle en même temps que les pommes de terre. Le bouillon devient plus complexe et le plat gagne en volume.
  • Finition à la moutarde : une cuillère à soupe de moutarde à l’ancienne mélangée à un peu de bouillon de cuisson et versée sur les pommes de terre au service. Cela tranche avec le gras de la saucisse et relève l’ensemble.
  • Version crémée : en fin de cuisson, retirer la saucisse, faire réduire le bouillon de moitié, ajouter 10 cl de crème entière. Napper les pommes de terre avant de servir. Plus riche, plus enrobant.
  • Passage au four : pommes de terre précuites 15 minutes en bouillon, puis disposées dans un plat avec la saucisse tranchée, arrosées du bouillon réduit, enfournées 20 minutes à 200 °C pour une croûte légère et des bords dorés.

Ces adaptations s’inspirent du même esprit que d’autres plats hivernaux généreux, comme un gratin de légumes au jambon où la charcuterie structure l’ensemble sans écraser les autres saveurs.

Valeurs nutritionnelles et équilibre du plat

La pomme de terre cuite à l’eau apporte environ 80 kcal pour 100 grammes, selon les données nutritionnelles de référence. C’est un aliment à densité calorique basse, riche en glucides complexes (index glycémique modéré autour de 65 pour une cuisson à l’eau) et en potassium. Un Français consomme en moyenne 30 kg de pommes de terre fraîches par an, ce qui témoigne de la place centrale de ce légume dans l’alimentation courante.

La saucisse de Morteau, elle, apporte environ 280 à 320 kcal pour 100 grammes, avec 18 à 22 g de protéines et 22 à 28 g de lipides. Une portion de 150 g de saucisse et 250 g de pommes de terre tourne donc autour de 600 à 650 kcal – un déjeuner complet sans accompagnement supplémentaire.

Pour alléger le plat, il suffit de réduire la portion de saucisse à 100 g et d’augmenter les légumes d’accompagnement. La version avec poireau et carotte ajoute des fibres et de l’eau, ce qui augmente le volume dans l’assiette sans faire grimper significativement l’apport énergétique. À l’inverse, la finition crémée peut faire monter le total à 800 kcal pour une portion – à réserver aux repas où l’on a prévu de marcher après.

Ce plat reste, quelle que soit la version choisie, l’exemple d’une cuisine régionale où la technique compte plus que la liste d’ingrédients. La Morteau fait le travail : à vous de ne pas la contrarier.